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Centre Pénitentiaire - Les travailleurs sociaux craignent la réforme

Rubrique : Textes de Loi

 

Le statut des travailleurs sociaux en milieu carcéral sera réformé cet automne. Les SPIP craignent que leurs missions soient déshumanisé.

 

SPIP, comme service pénitentiaire d’insertion et de probation. À la Centrale de Clairvaux, c’est un service discret qui emploie cinq travailleurs sociaux dont deux seulement sont à plein temps sur l’établissement. Les trois autres travaillent essentiellement sur les peines en milieu ouvert (bracelet électronique, mises à l’épreuve…) sur l’ensemble de la première circonscription de l’Aube. Ils sont en tout 3 000 dans l’administration pénitentiaire.

Au cours d’une réunion tenue la semaine dernière, ils ont évoqué, en compagnie de leurs homologues de la direction interrégionale des SPIP (régions Centre, Bourgogne et Champagne-Ardenne), l’avenir de leur métier et, notamment, cette réforme en cours, dont les négociations se poursuivent, destinée à refonder le statut des travailleurs sociaux et réorienter leurs missions.

« Par exemple, à chaque fois que nous recevrons quelqu’un, nous devrons l’évaluer seulement en deux entretiens de deux heures pour voir s’il peut récidiver. Le travail de fond fait jusque-là sur son histoire, ses antécédents, son environnement va nous être retiré. La personne sera réduite à sa peine. Il ne faut pas oublier que notre mission est également la prévention de la récidive », explique Priscille Barel, référente CGT pour les travailleurs sociaux de l’interrégion.

 

 

Recours au bénévolat

 

En ligne de mire encore, le travail effectué en direction des familles. « Aujourd’hui, le SPIP est le seul habilité à contacter la famille et maintenir un lien avec elle, délivrer les informations concernant les parloirs, faciliter les visites des enfants, des compagnes et des parents », explique un travailleur social qui craint, à terme, « une baisse d’efficacité » dans sa mission quotidienne. Sur ce point, selon la CGT qui s’est mobilisée depuis plusieurs mois contre la réforme, celle-ci pourrait donner aux seuls bénévoles, tels les visiteurs de prison, le soin de tisser des liens avec les familles. Ainsi, le conseiller d’insertion probation deviendrait, selon la nouvelle terminologie, « conseiller pénitentiaire d’insertion et probation ».

Une différence qui ne passe pas inaperçue. « Dans l’ambiance sécuritaire d’aujourd’hui, l’insertion-prévention tombera dans la sphère du privé et le volet répressif sera pour le fonctionnaire », s’inquiète Joseph Seghetto, délégué CGT à la centrale.

« Pour tous les travailleurs sociaux qui travaillent en milieu ouvert avec les partenaires habituels, cette réforme va nous obliger à nous couper des autres, à nous renfermer, à nous limiter dans notre action », confie Priscille Barel qui souhaite avant tout « préserver l’aspect social du métier ». Contrairement aux surveillants qui n’hésitent pas à bloquer la prison lorsqu’ils veulent se faire entendre, les travailleurs sociaux sont plus limités dans leurs moyens d’action. Ils envisagent néanmoins de faire une grève du zèle, de ne plus rencontrer les détenus (sauf entretien obligatoire des arrivants) et de ne plus donner les informations que par courrier.

 

Source : L’Est Eclair / Auteur : Willy BILLIARD / 15 juin 2010