La Parole au service de l'Action Sociale
Rubrique : Publications
En ce début 2010, nous proposons aux professionnels de l’intervention
sociale d’aborder un aspect des changements structurels qui
bousculent les pratiques sociales et plus largement toute la société. Que se passe-t-il dans l’étape de rationalisation générale du travail, le
postfordisme, et en particulier du travail dans les métiers du social ?
Comment les changements sont-ils effectués et légitimés dans les
modèles de la nouvelle gestion publique (NGP) ? Quelles transformations
sont observables dans le social ? Qui est touché ? Que
deviennent les usagers ? Que deviennent les conditions de travail ?
Que devient un métier qui historiquement a été inscrit dans le
registre du don et de la gratuité ? Que devient le social ?
Dans le métier lui-même, est-on en train de glisser d’une dynamique
du don à la logique marchande dans la formation et l’exercice
professionnels ? Que signifie un tel changement ? Comment a-t-il
lieu ? Les dilemmes ont toujours défini l’action quotidienne. Mais
quels sont-ils aujourd’hui dans un contexte de rationalisation ? Pourquoi
est-il important de les nommer, d’en analyser le contenu (ambiguïtés,
qualité et sens du travail, liens créés avec les usagers, transformation
des qualifications, hiérarchisations, etc.) et les enjeux des
choix à effectuer ? Comment se définissent les enjeux liés à la rationalisation pour
les acteurs qui les vivent et les subissent ? La recherche impérative du
sens du travail face aux politiques mises en oeuvre nous fournit le
cadre général de réflexion des contributions présentées.
Précisons les axes de la réflexion. Au cours de ces dernières
années, les réformes et restructurations ont entraîné une métamorphose
du travail social, tant au niveau organisationnel qu’au plan de
la formation et des qualifications. La montée en force des notions decompétence, d’efficacité, de mobilité, etc., contribue à faire passer au
crible chaque geste professionnel soumis à des évaluations quantifiables
(unités de temps susceptibles de rémunération). Tout est
compté. La qualité passe aux oubliettes, comme le montrait déjà l’auteur
du Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, Robert M.
Pirsig, dans les années 1970. Une telle évolution s’inscrit dans le processus historique de la
professionnalisation des tâches, traditionnellement effectuées par les
femmes. Ces tâches n’ont pas été intégrées dans le champ professionnel.
N’étaient-elles pas des tâches émanant des penchants féminins
naturels ? Une telle naturalisation du travail des femmes n’est
plus à démontrer. Une évolution plus récente se dessine dans l’établissement de
nomenclatures précises, de référentiels, de découpages en unités,
évolution assortie d’un coût, de contrats de prestations. On assiste à
un mélange de caractéristiques empruntées au taylorisme, décomposition
du métier en tâches bien définies et séparables, de nouvelles
formes d’organisation des institutions et du travail s’inscrivant dans
le posttaylorisme. La professionnalisation des gestes relevant du soin, de la sollicitude
et de l’attention pour autrui et leur conceptualisation dans ce
nouveau cadre dessine le passage vers un nouveau style de rationalisation
des métiers de l’humain qui mérite une réflexion critique.
Voici les cinq axes de réflexion proposés à partir du thème général (...)" Lire la suite de l’introduction. Source : Les Politiques Sociales