La Parole au service de l'Action Sociale

 

Guinée - Expulsions à Conakry

Rubrique : Europe et Internationale

Alors que le Gouvernement préparait un plan cohérent d’insertion sociale des personnes handicapées mendiant dans les rues de la capitale guinéenne, le gouverneur de la ville a préféré la manière forte, semant une inutile pagaille.

 

 

Mi-avril, à l’occasion d’un atelier de formation sur les droits de personnes handicapées, la ministre déléguée aux affaires sociales et de la promotion féminine, Diaka Diakité, informait les participants de la décision que le Gouvernement aurait prise d’évacuer les mendiants handicapés se trouvant le long des rues de la capitale guinéenne. Diaka Diakité avait indiqué qu’il s’agissait là du volet social d’un projet multisectoriel visant à "assainir" la ville de Conakry. En ce qui concerne les personnes handicapées, au-delà de même d’un acte ponctuel, la ministre avait indiqué qu’il s’agirait d’un vaste programme de réinsertion des mendiants handicapés impliquant notamment le retour des personnes concernées vers leurs villages d’origine.

 

Mais ce plan de réinsertion sociale et professionnelle n’a malheureusement pu être exécuté normalement. La faute au gouverneur de la ville de Conakry, le commandant Sékou Resco Camara qui, le 7 mai dernier, a dépêché une mission mixte de la gendarmerie et de la police qui est venue intimer aux personnes handicapées qui avaient élu domicile sous la passerelle du carrefour Donka de déguerpir.

 

Les raisons qui ont amené le gouverneur à agir de manière aussi cavalière restent floues. En tout cas, tous les acteurs intervenant dans la promotion et la défense des personnes handicapées sont unanimes à trouver l’opération à la fois prématurée et violente. Le Département des affaires sociales et de la promotion féminine est embarrassé. Toutes les tentatives auprès des services du gouverneur visant à avoir les explications de Sékou Resco Camara se sont révélées vaines. Pourtant, officiellement, son entourage s’accorde à reconnaître qu’il est le seul en mesure de donner les raisons exactes de l’action. Et les forces de police se bornent à dire qu’elles n’ont fait qu’obéir aux ordres. Néanmoins, s’exprimant sous le sceau de l’anonymat, certaines sources en provenance du gouvernorat indiquent que l’opération visant à faire déguerpir les pensionnaires de la passerelle de Donka aurait été décidée sur la base de renseignements de la présidence de la République selon lesquels des individus s’apprêteraient à utiliser ces abris de fortune pour s’attaquer au cortège du président Alpha Condé. Il faut ici préciser que cette passerelle enjambe la principale voie de la ville de Conakry, l’autoroute Fidel Castro. A l’appui de cette opinion, nos sources mettent en avant le caractère ciblé de la passerelle alors même que les abords de la mosquée Fayçal, située à côté, également massivement occupés par des mendiants handicapés n’étaient pas visés.

 

Par ailleurs, l’émotion que l’opération aura suscitée dans l’opinion publique, et son caractère impréparé auront contraint les autorités à accepter que les personnes handicapées réoccupent les mêmes lieux, en attendant de trouver un site de recasement provisoire. Et en effet, les abris de fortune ont repris de plus belle sous la passerelle de Donka. Du côté des abords de la mosquée, ce sont de nombreuses personnes handicapées, installées dans des fauteuils roulants ou à même le sol, qui cherchent à se protéger, au moyen de vieux parapluies et de bâches usagées, de la fine pluie qui s’est abattue sur la capitale guinéenne. Le même jour, une rencontre était prévue au gouvernorat de la ville de Conakry. Mais à ce rythme, il est fort probable qu’une nouvelle fois, les pensionnaires des abords de la mosquée Fayçal et de la passerelle de Donka passent la saison des pluies dans la rue. Avec tous les risques de maladie et d’insécurité que cela comporte.

Boubacar Sanso Barry

 

Source : Yanous / 08.06.12