La Parole au service de l'Action Sociale
Rubrique : Handicaps
Indignons nous ! L’organisation de la scolarisation des jeunes handicapés en France. Mesdames, Messieurs, Nous sommes deux Auxiliaires de Vie Scolaires individualisés et nous avons décidé de nous indigner ! Nous souhaitons rendre compte de la situation d’urgence dans laquelle nous nous trouvons... Nous et les jeunes handicapés que nous accompagnons en classe.
Monsieur Paul Blanc, sénateur UMP des Pyrénées-Orientales (Languedoc-Roussillon), secrétaire de la Commission des Affaires Sociales, a été chargé par le Président de la République de réfléchir aux moyens d’améliorer la scolarisation des jeunes handicapés. Son rapport était attendu pour la mi-mai, gageons que celui-ci fasse état de la problématique et qu’il propose un redéploiement de moyens en la matière... Le 8 juin 2011 prochain, au Centre Georges Pompidou à Paris, aura lieu la Conférence Nationale du Handicap prévue par la loi du 11 février 2005 pour l’Egalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Monsieur Sarkozy se dit engagé de longue date sur la question de la scolarisation des enfants handicapés... Gageons encore une fois que cette conférence prendra en compte l’accompagnement de ces enfants et que les postes d’Auxiliaires de Vie Scolaires trouveront une forme de pérennisation et de professionnalisation... En ce qui nous concerne, les personnels chargés de mission AVS-i, nous venons d’horizons bien différents et pourtant un Curriculum Vitae, une lettre de motivation plus loin et nous voici arrivés dans deux établissements scolaires au poste d’Auxilaire de Vie Scolaire Individualisé.
Vous vous demandez peut être ce que peut bien recouvrir cette appellation un peu barbare ? Nous sommes des salariés de l’Education Nationale. Néanmoins, nous n’avons pas tous le même statut et pour faire simple, si c’est possible, disons qu’il existe deux types de contrat :
Un contrat de droit public, celui d’Assistant d’Education qui a remplacé le contrat Emplois Jeunes. Ce contrat engage la personne sur une durée hebdomadaire de 20 ou 35 heures. Les AED sont recrutés au niveau BAC et plus. Dans notre département, la durée du contrat est d’un an et renouvelable 5 fois. L’autre type de contrat est un contrat de droit privé, le Contrat Unique d’Insertion. Les critères actuels d’éligibilité sont fixés par Pôle Emploi. Théoriquement, un Contrat Unique d’Insertion peut prendre la forme d’un CDI. Mais dans notre département, il n’y en a aucun exemple... Les services se tordent dans tous les sens pour savoir pour qui et comment seront reconduits les contrats signés pour une durée de 12 mois renouvelables, et fi de CDI...
Les droits à ce type de contrat n’excèdent pas deux ans. Et, bien entendu, une personne employée en CUI coûte moins cher à l’Etat qu’une autre salariée sous contrat d’AED. C’est dramatique ! Lorsque nous avons été engagés en 2008 sous contrat AED, nous nous sommes vu proposer une formation de 60 heures.... C’est largement suffisant pour prendre en charge la scolarisation d’un enfant et connaître correctement les situations de handicap... Vous pensez bien !
En plus de ces 60 heures et parce que nous avons un contrat AED, nous participons à des séances d’analyse de pratiques professionnelles avec un psychologue scolaire qui nous aide à réfléchir sur des cas pratiques que nous rencontrons sur le terrain. C’est important de préciser que seuls ceux qui sont employés en qualité d’AED ont droit à ce type de réunion... Nous partageons pourtant les même missions que nos collègues sous contrat CUI... Il y a là matière à s’indigner ! Car dans le quotidien des cours à suivre, des secrétariats de devoirs à exécuter, des plateaux repas à préparer, des soins à promulguer et du soutien à apporter, tout se chevauche... Et, nous sommes bien tous logés à la même enseigne, à peu de chose prêt ! Aujourd’hui, Nous nous interrogeons à plus d’un titre : pourquoi l’Etat, qui a rendu obligatoire la scolarisation de tous les enfants, ne se donne-t-il pas les moyens d’appliquer la législation qu’il a mis en place ? Pourquoi réserver à des emplois précaires la responsabilité de telles missions où l’avenir d’enfants est en jeu ? Quels sont les conséquences sur le terrain de l’application au rabais du texte de 2005 ? Au quotidien, que peut-on répondre à Anabelle qui se demande toujours où est son AVS-i qui devrait l’accompagner 25 heures notifiées par la MDPH ? Devons-nous lui répondre qu’en notifiant des AVS-i, la Maison Départementale des Personnes Handicapées n’a pas pris le temps de se renseigner ou de comprendre qu’il n’y avait plus d’AVS en stock ? Comment peut-on rassurer un Christophe dont les heures diminuent au fur et à mesure des années alors qu’il bachotera l’an prochain ? Devons-nous lui répondre que son handicap passera d’ici là ?
Que doit-on dire à Lisa dont l’AVS-i est arrêtée à cause d’une tendinite au poignet et qui doit passer son bac ? Devons-nous lui répondre qu’un nouvel AVS-i arrivera... Nous l’attendons déjà depuis si longtemps.
Comment peut-on rassurer un Fabrice qui fait de l’espagnol avec son AVS-i germanophone ? Devons-nous lui répondre qu’il y a eu erreur de casting ?
Et que dire de cette petite fille en grande section de maternelle porteuse de trisomie 21, maintenue dans son école faute de place dans l’institution spécialisée ? Que nous... Auxiliaire de Vie Scolaire Individualisés, sans grande formation spécifique, devons œuvrer malgré tout à faire accepter cette petite fille par ses pairs et tenter de la faire évoluer dans ses apprentissages ? Nous prenons donc les consignes de l’institutrice et ensuite... Nous improvisons... Instituteurs, qui d’ailleurs, n’ont trop souvent que peu de connaissances en matière de handicap et encore moins en matière de prise en charge et d’adaptation de leurs apprentissages à des enfants handicapés ! Un dernier exemple de notre quotidien... un jeune garçon atteint de dyspraxie en école élémentaire... Il faut jongler... et devenir le trait d’union entre l’école, l’enfant, le professeur, les parents et les professionnels du secteur paramédical. Nous nous posons la question : Avons-nous été formés pour cela ? Heureusement, nous sommes tous deux diplômés... L’un d’un master en Sciences de l’Education, l’autre d’un diplôme d’Educateur Spécialisé... Et croyez-nous, c’est un grand secours et un étayage précieux ! Mais, aillons une pensée toute particulière à cet AVS-i qui sort d’une licence de droit, à cette maman qui a trouvé ce poste un peu par hasard parce qu’elle était au chômage ou à cette ancienne commerciale licenciée pour cause de crise et qui s’est lancée... Lancée... Ou plutôt qui a été parachutée au milieu d’une classe de 28 élèves pour accompagner un enfant autiste... quel vertige ! Il faut réagir... Collectivement... Pour ces enfants et leurs parents. Il faut revendiquer auprès de l’Etat pour que les enfants soient pris en charge par des personnes formées, qualifiées et reconnues. Mais en attendant, que doit-on leur dire à ces jeunes ? Que tout va s’arranger ? Que l’an prochain nos contrats seront tous renouvelés et qu’enfin nous pourrons les suivre durant toute leur scolarité parce que nos heures seront augmentées et que nous dépendrons réellement des établissements ? Que doit-on leur dire ? Qu’enfin les AVS-i seront recrutés selon leurs compétences et qu’ils seront formés comme il se doit ? Que peut-on leur dire ? Ne nous dites pas que l’Egalité des élèves face à la scolarité est un vain concept. Nous vivons à plein cette mission, nous nous y engageons. Cependant le constat reste le même : en 2014, si d’ici là une profession n’a pas été créée, il en sera fini de nos deux parcours.... Voilà, Mesdames, Messieurs... Voilà un petit bout du quotidien de deux AVS-i et des enfants qu’ils suivent. Passez le message... Il faut que cela se sache... Katia AUTIER et Nicolas AVON katia.autier@voila.fr n.avon@numericable.com